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 Juifs de l'Atlas et des montagnes

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mimouni
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MessageSujet: Juifs de l'Atlas et des montagnes   Mer 5 Déc - 18:06

certains écrivains de la période coloniale considèrent que la vie des Juifs parmis les Berbères étaient plus libres...plus démocrates et plus indépendants et qualifient la condition des Juifs dans les régions berbères de meilleure .
D’après Davidson, par exemple, les Juifs du Sous et du Rif étaient la propriété des Maures, mais ils bénéficiaient néanmoins d’une plus grande liberté qu’à Tanger. De plus, d’après Davidson les Juifs de l’Atlas sont de loin supérieurs, physiquement et moralement à leurs frères résidant au sein des Maures. Leurs familles sont nombreuses, et chacune d’elles est sous la protection immédiate d’un Berbère. Ils ont par ailleurs leur propre sheikh, un juif, à la décision duquel tous les cas sont soumis. À la différence des Juifs résidant parmi les Maures, qui sont soumis à la loi musulmane, ils ne vivent pas dans le même état d’avilissement ou de servitude ; ils développent des relations de type patron/client avec leurs voisins, tous ont les mêmes privilèges, et le Berbère est tenu de défendre la cause du juif en cas d’urgence. Ils disposent d’armes dans tout leur foyers.


En un lieu indéfini au sud de l’Atlas que Davidson n’a pas pu atteindre durant son voyage, on rapporte que 4000 à 6000 Juifs... vivent en toute liberté, et pratiquent tous les métiers , ils possèdent des mines et des carrières qu’ils exploitent, ont de grands jardins et d’immenses vignobles, et cultivent plus de maïs qu’ils ne peuvent en consommer ... ils disposent de leur propre forme de gouvernement, et possèdent leurs terres depuis l’époque de Salomon . Faisant sien le point de vue de Davidson, Richardson y ajoute que les pratiques religieuses de ces Juifs datent de l’époque pré-exilique, et de ce fait ils redisposent les parties du Pentateuque et de la Torah dans le même ordre que celui de l’ensemble des Juifs . ceux de l’Atlas jouissent d’une quasi indépendance vis-à-vis de l’autorité impériale , comme leurs voisins berbères. De plus, ces Juifs " possèdent toutes les caractéristiques des montagnards...ils assistent aux fetes propres à la tribue comme le Ahwach... ils portent le même costume et meme bijoux, qu'on ne peut pas les distinguer jusqu'a très recemment.


a suivre
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mimouni
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MessageSujet: Re: Juifs de l'Atlas et des montagnes   Mer 5 Déc - 18:10

Noms berberes juifs

Voici quelques noms berberes juifs. Ils se distinguent en general des noms d'origine arabe par l'utilisation de la racine 'Ou' au debut qui veut dire 'fils de' en berbere au lieu de 'Ben' dans les noms arabes:
-Shlomo Elbaz
-Vincent Elbaz
- Ouhayoun: de la tribu des Beni-Hayoun dans l'Oued Draa. Veut aussi dire 'fils du vivant' en berbere de la racine 'Haim', vie en hebreu.
- Ouhanna: De Bou Henna, tribu des Ait Ou'Fella
- Ouaknine: fils de Jacob en berbere
- Assouline: des Ait tizgui N'ouasouline - tribu des Glaoua dans l'Atlas
- Afergan: d'Ifergan dans l'Oued Souss.
- Afflalou: d'Afella dans l'Oued Draa ou d'Ifli dans le Tafilalet
- Amozeg: le bon en berbere
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MessageSujet: Re: Juifs de l'Atlas et des montagnes   Ven 7 Déc - 13:17

Je félicite LEON pour les belles photos de tombeaux-juifs. En tant que berbère, chez les Ahl Debdou, le tombeau de Sidi Youssef Elhadj que Musulmans et Juifs se réclament de lui. Toujours à Debdou la tombe du Rabbin Chloumou Mimoun (au temps des Mérinides), il y existe un clan d’Aoronides au XIXe siècle à propos d’eux, Sloush écrit « Les Berbères préférent tuer vingt musulmans que de toucher à un seul Juif ». Sidi Ali ou Yahia dit Bou Tkhnift ancêtre des Ait Sidi Ali aussi Ait Serghouchène tous sont des marabouts d’El Mers. Un tombeau juif à Rich (Rachidia) de Rabbi Itzhak Abessehra, un autre à Ben Ahmed, celui de Rabbi Yahia Lakhdar, un autre à Ouezzane, celui de Amrane Bendiwana, un autre…… Des dizaines de mausolés sont visités annuellement par des Juifs du Maroc et du monde entier qui viennent spécialement pour célébrer leur saint. C’est la fameuse Hiloula ; Chinoune plus connu sous Sidi Chenaoui, aussi Daniel ou Sidi Diniale sont des saints juifs qui sont également visités par des pèlerins berbères musulmans.

http://www.darnna.com/phorum/read.php?13,58526,117911,page=3
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MessageSujet: Re: Juifs de l'Atlas et des montagnes   Dim 19 Oct - 18:30

Admin:
Un témoignage vécu par un instituteur Juif a Tahala
pres de Tafraoute en 1959


Souvenirs du bled
Jacques Ohayon


Mon premier long voyage, en octobre 1959 précisément, m'amena dans un bled perdu, sur les montagnes de l'Atlas dans le Souss, à Tahala. Rien ne me laissait croire que j'allais être, à l'âge de dix-sept ans à peine, plongé dans une civilisation étrange et lointaine, mais néanmoins aussi excitante qu'enrichissante de par ses caractéristiques sociales et culturelles.

Sitôt arraché à un cycle d'études qui m'aurait permis d'accéder à une carrière prometteuse, et aux dépens de toutes mes ambitions nourries ma jeunesse durant, je dus plutôt me sacrifier à la cause familiale, afin d'alléger le fardeau de la subsistance matérielle d'une famille nombreuse. Les temps étaient devenus durs et il fallait s'atteler à la tâche ultime de combattre la misère et de survivre aux contraintes matérielles du quotidien. Je reportai donc tous mes projets d'études à un futur lointain et pour des temps plus cléments, renonçant à plusieurs portes qui s'étaient ouvertes sur mon chemin, dont entre autres mon admission à l'École Normale de Casablanca. J'optai alors pour un poste d'instituteur et de directeur d'école offert dans l'immédiat au sein de l'Alliance Israélite Universelle dans le bled de Tahala.

Me voilà donc propulsé vers d'autres cieux et climats. Après une brève formation sous la supervision de feu mon ex-maîtresse d'école, Mme Cohen, que j'avais eu la chance d'avoir dans mes cours primaires autrefois. Ma première formation pédagogique se tint donc dans la même classe où je fis mes études primaires.


J'acceptai donc le titre d'instituteur et directeur d'une petite école de bled avec grande émotion, et jurai résolument de remplir les tâches inhérentes à ce poste dès mon atterrissage au sein de sa petite communauté juive, avec dignité, compétence et maturité.

Me voilà lancé vers une destination inconnue et mystérieuse au cœur d'un village perché sur les montagnes de l'Atlas, loin de mes amis et des miens, avec pour tout bagage une formation professionnelle rudimentaire. Je quittai donc, mon entourage naturel, laissai derrière moi Mogador; ma ville natale, pour aller rejoindre, un nouvel environnement, hostile peut-être, et susceptible de m'ébranler à tout jamais.

J'arrivai à Tahala d'Agadir après un long voyage via Tiznit et non loin de la ville de Tafraout. Le village m'apparut du bord du chemin au tournant d'une route en toboggan vertigineux. Rassuré par le chauffeur de bus qu'il s'agissait bien de ma destination, je me retrouvais dans un décor de campagne qui me fit douter de l'existence de la moindre civilisation. Je traînai donc, bon gré, mal gré, mes sacs jusqu'au Mellah à quelques kilomètres de là. Ce qui ne m'empêcha pas d'admirer le spectacle coloré autour de moi. En effet, les hautes montagnes de l'Anti-Atlas se déployaient dans toute leur splendeur. Je pouvais apercevoir leurs crêtes dont, déjà, j'envisageais d'en faire l'escalade un jour.

Mon premier contact se fit avec le Rabbin de la communauté. C'est lui qui devait être mon assistant et devait enseigner l'hébreu dans la même classe (la seule), tout en partageant avec moi d'autres besognes comme le service de cantine, la gestion de la distribution de vivres et de vêtements que le "Joint" américain nous envoyait périodiquement. Il fallut aussi nouer des relations personnelles avec les parents et essayer de m'intégrer dans toutes les activités du Mellah. Au début, la langue que l'on parlait à Tahala, le Chleuh, me parut ésotérique et inaccessible, mais je sus vite m'y adapter et la convivialité de mes hôtes me facilita la tâche. La langue arabe, d'autre part, devait supplanter ma langue maternelle, le français, sauf si je devais l'enseigner comme l'exigeaient les directives de l'A.I.U.

L'école se situait en haut d'une colline aux confins d'un souk fréquenté régulièrement, les jours désignés, par les commerçants de la région. Un bâtiment, des plus modestes, adjacent à l'écurie du souk, représentait l'ensemble de l'école. Une quarantaine d'enfants de tous âges s'y côtoyaient. La chambre que j'allais habiter n'était guère plus somptueuse mais elle avait l'avantage d'être entourée d'amandiers et de pommiers. Plus bas se dessinait le lit d'une rivière asséchée, mais que tout le monde redoutait par les temps pluvieux, car alors, ses eaux pouvaient se gonfler brusquement et interdire l'accès au Mellah. Les innombrables problèmes auxquels je dus faire face m'exaspérèrent au départ, mais je dus accepter la réalité et la routine des jours pour oeuvrer avec abnégation de mon mieux. L'éducation de quarante jeunes enfants, si différents l'un de l'autre, reposait sur mes épaules. Il était donc impératif de relever le défi et de prouver que j'étais digne du respect des parents. Si la tâche sembla assez difficile au départ, je sus quand même l'assumer, conscient aussi que le sort de mes collègues dans les villages voisins (Akka, Goulimine, Illigh, Ifrane…) que je rencontrais dans mes rares fugues à Tiznit, n'était guère plus reluisant. Des loisirs ou des séances de cours de formation professionnelle en psychologie de l'enfance; nous réunissaient tous dans la ville de Tafraout.

Tafraout était devenu le lieu le plus fréquenté. Pour ma part, j'y nouai des relations avec les indigènes berbères, dont quelques fonctionnaires de qui la collaboration était essentielle pour pouvoir surmonter tous les obstacles administratifs. Je n'oublierai jamais la "torture" que les Juifs subissaient à la demande de l'obtention d'un passeport à cette époque. La poste et le téléphone étaient le seul contact avec l'extérieur.

Le circuit Tahala-Tafraout-Tiznit devait devenir celui de mes escapades par lequel j'arrivai à me libérer du joug de l'isolement. Il me fit découvrir la beauté du pays.

Je me familiarisai avec son panorama pittoresque. De Tiznit, on traversait d'abord une terre riche en fermes et élevages jusqu'à l'Oued Assaka. Les montagnes aux couleurs multiples de rose, de mauve et mordoré venaient ensuite. La population était composée de Chleuhs (Berbères) vivant dans des villages où les maisons étaient construites en pisé berbère, matériau de terre argileuse. Les femmes étaient plus visibles dans les champs qu'exclusivement. Elles labouraient et cultivaient.

Le Col de Kerdous qui s'élevait à une altitude de 1100 mètres offrait des vues spectaculaires et enchanteresses, et du regard on pouvait arriver jusqu'à la vallée d'Amelm, et jusqu'à Tafraout avec ses nombreuses palmeraies, ses champs d'amandiers et d'arganiers. Bien plus tard et tout au long de mes déplacements, j'appris à apprécier le goût du thym et du tilleul sur les sentiers des montagnes que je parcourais avec exaltation. Mogador et ses remparts, la mer, la plage n'étaient plus maintenant que des souvenirs lointains noyés dans le gouffre qui me séparait géographiquement de ma ville natale.

Quelques mois plus tard, je dus faire face à un autre défi. En effet, à peine institué dans mes nombreuses tâches, je fus, à ma grande surprise, sollicité et engagé pour une mission non moins sacrée : la cause du sionisme et de la Aliya. En plein hiver, on vint taper à ma porte à l'heure de minuit, et sans prévenir. Je me retrouvai face à deux inconnus qui s'identifièrent comme des émissaires sionistes. J'adhérais à leur plan d'évacuation clandestine des communautés de la région par des routes secrètes qui menaient jusqu'à leur embarquement quelque part sur la côte.

À cette époque, le tremblement de terre qui avait détruit la ville côtière d'Agadir à la fin du mois de février 1960 bouleversa toutes les communautés juives du Maroc. Ma famille et moi-même, eûmes à assumer la disparition tragique des nôtres. Nous traversions alors des moments tristes et angoissants à la recherche des disparus dans les décombres. Le souvenir de ce voyage qui m'amena à Agadir au lendemain de la catastrophe, accompagné d'un collègue musulman, me hante encore jusqu'à ce jour. Suivit un long périple, de longs itinéraires, pour regagner endeuillé et bouleversé ma ville natale.

Le retour à mon poste se fit par Marrakech puis à travers les hautes montagnes de l'Oukaïmeden et le Tizi-n-Test jusqu'à Tafraout. Je me remis au travail malgré les dures épreuves subies tout au long de ces pérégrinations, conscient de mes responsabilités et de la nature de ma mission. Je ne repris le contact avec les sionistes que plus tard, après avoir été muté à Inezgane. J'y retrouvai mon ex-professeur d'hébreu Judah Moyal (devenu grand ami depuis), avec qui je m'attelais à la réouverture des locaux de l'A.I.U., afin d'assurer la continuité des cours à la suite de la disparition de l'école d'Agadir. L'émigration vers Israël était dorénavant permise et libre. Nous avions tourné la page sur l'épisode de la clandestinité.

Je ne terminerai pas sans évoquer une autre expérience fort intéressante et excitante. Un cinéaste français avait choisi notre bled pour y réaliser le film biblique de "Ruth," et c'est encore à moi que l'on s'adressa. Me voilà maintenant lancé dans un projet qu'il fallait mener à bien dans ces circonstances. Malgré les réticences premières des habitants à y participer, nous parvîmes, le Rabbin et moi, à convaincre ces derniers des avantages matériels et éducatifs d'une telle entreprise. C'est ainsi, qu'hommes et femmes s'associèrent alors à la mise en scène en tant que figurants tandis que j'eus à assumer les rôles principaux selon que je portais le costume de Ruth ou celui de Boaz au milieu des beaux champs dorés d'orge et de blé. Je méritai dans ce film, produit pour la télévision française, le titre d'assistant du metteur en scène et réalisateur. Une grande vague d'enthousiasme avait alors déferlé sur notre petit bled. L'action cinématographique avait généré une certaine émancipation auprès de mes coreligionnaires. Je savais que je pourrais retrouver, un jour, les images d'une aventure de jeunesse, et revoir les nombreux visages d'indigènes que j'avais connus durant mon séjour, et qui me procurèrent d'inoubliables moments de bonheur. Je suis convaincu d'avoir su leur inculquer par mes cours et mes actions un sens de fierté et de confiance en eux-mêmes. Tout ça grâce à une atmosphère de solidarité, de compassion et d'amitié sincère.

Je quittai Tahala plein d'amertume et le cœur lourd, en me promettant d'y retourner avant sa désintégration en raison de la Aliya massive imminente vers Israël. Hélas, il en fut tout autrement. Les premiers départs se concrétisèrent bien vite.

J'appartenais dorénavant à une grande famille juive au-delà de mes horizons. Je chéris précieusement les souvenirs que j'ai gardés. On m'avait adopté avec une affection inconditionnée. J'avais eu le privilège d'avoir pu m'associer aux joies et aux peines des villageois de Tahala. Leurs coutumes et leurs traditions m'ont marqué à jamais.
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tamzilte n dadès



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MessageSujet: Re: Juifs de l'Atlas et des montagnes   Lun 20 Oct - 11:49

Histoire : Que sont devenus les Juifs du Maroc ?

Le nouveau livre de Robert Assaraf permet de mieux appréhender les circonstances dans lesquelles la quasi-totalité des juifs marocains ont quitté leur pays d’origine tout en conservant avec celui-ci des liens étroits.

Dans la lettre préface qu’il donne au livre de Robert Assaraf, Shimon Peres, le président de l’Etat d’Israël affirme avoir «lu avec intérêt ces pages qui retracent l’épopée glorieuse d’une communauté fidèle à ses traditions jusque dans les épreuves traversées à son arrivée en Israël et dans les autres pays où elle vit aujourd’hui».

De fait, le nouvel ouvrage de l’auteur d’Une certaine Histoire des Juifs du Maroc (Jean-Claude Gawsewitch Editeur, 2005) retrace les circonstances du gigantesque exode qui vit la quasi-totalité des 300 000 Juifs présents au Maroc en 1945 quitter la terre où leurs ancêtres avaient vécu pour s’installer aux quatre coins du monde, notamment en Israël, en France ou au Canada. Ils y constituent désormais des communautés fortes d’un million de membres qui continuent à entretenir un rapport affectif très fort avec le pays où les plus âgés d’entre eux passèrent leur jeunesse.
Cet ouvrage comble une lacune déplorée par de nombreux historiens et sociologues pour lesquels l’histoire de ce vaste mouvement de populations demeurait une page mal connue d’un passé récent auquel les plus audacieux hésitaient à se confronter.

Le mérite indéniable de Robert Assaraf est de refuser toute vision doloriste de l’histoire et d’éviter les polémiques stériles. Il montre bien que ce départ massif des Juifs du Maroc n’a pas été la conséquence, comme le veut un navrant cliché, de leur rejet par la société environnante.
Tout au contraire, il est contemporain de l’accession des Juifs du Maroc à la pleine et entière citoyenneté au lendemain de l’indépendance. Une pleine et entière citoyenneté symbolisée par la désignation dès 1956 d’un ministre juif et par la participation de nombreux hauts fonctionnaires juifs à la construction d’un nouveau Maroc débarrassé de toute tutelle étrangère.

Preuves à l’appui, Robert Assaraf montre bien qu’à l’exception de rares moments de crise, vite dissipés, les autorités marocaines ne firent pas obstacle au désir exprimé par les Juifs marocains de rejoindre ceux des leurs déjà installés en Israël. L’ouvrage ne cache des difficultés rencontrées par les candidats au départ lors de leur installation en Israël où les institutions officielles, représentatives du monde ashkénaze, n’étaient pas sans nourrir un certain nombre de préjugés envers les «Orientaux».

Ce qui rend d’autant plus significative la part jouée par les Israéliens originaires du Maroc dans la politique, sociale, religieuse et intellectuelle d’Israël aujourd’hui.
Dans ce livre publié sous le patronage prestigieux de l’Université de Paris VIII, Robert Assaraf apporte de précieuses précisions sur l’apport culturel des Juifs marocains à la société israélienne et montre notamment que la mimouna, fête typiquement marocaine marquant la fin de la Pâque juive et symbole jadis de la coexistence harmonieuse entre Juifs et Musulmans au Maroc s’est transformée en un rite festif indissociable du multiculturalisme à l’œuvre au sein de la société israélite.

L’autre mérite du livre de Robert Assaraf est de ne pas se contenter de retracer la constitution de groupes numériquement importants – plusieurs dizaines de milliers de personnes – d’originaires du Maroc en France, au Canada, en Espagne ou au Venezuela.
Chaque communauté fait l’objet d’une étude particulière soulignant comment les originaires du Maroc ont su combiner leur intégration à la société d’accueil avec leur souci de préserver et de transmettre aux nouvelles générations un héritage culturel et religieux profondément marqué par les valeurs propres à la société marocaine tout court.

Par delà l’information considérable qu’il offre au lecteur, le livre de Robert Assaraf nous donne une leçon qu’il convient de méditer. Il montre comment une communauté parvient à sauvegarder son héritage en dépit des effets conjugués ou successifs de l’exil, de la mondialisation et de sa confrontation avec une modernité réductrice des différences.

Ce sont là autant de bonnes raisons de lire le nouvel ouvrage de Robert Assaraf.
Et d’inciter ce dernier à nous donner – il a déjà traité de la période 1860-1999 dans un autre livre - enfin la grande histoire de plus de 2 000 ans de présence juive au Maroc dont le manque se fait de plus en plus sentir au fur et à mesure que se multiplie la publication de monographies ou d’études locales. Arrik Delouya, Sociologue et chercheur, Président des Permanences du Judaïsme marocain.

• Par Arrik Delouya
Sociologue et chercheur, président des Permanences du Judaïsme marocain.



Source: http://www.aujourdhui.ma/
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